Festival de Cannes 2021 : plaidoyer vibrant contre les armes, « Nitram » revient sur la tuerie de Port-Arthur

Traumatisme national en 1996, la tuerie de Port-Arthur, en Tasmanie, avait fait 35 morts et 23 blessés en 1996. Douze jours plus tard, le gouvernement de Canberra restreignait l’accès aux armes en Australie. Une loi dont les contraintes ne cessent de régresser depuis. Nitram, du réalisateur australien Justin Kurzel, revient sur une des pires tuerie de masse qu’a connu le pays, à travers le portrait de son auteur, Martin Bryant, surnommé Nitram.

Au milieu des années 1990, Nitram vit chez ses parents entre solitude, petits boulots et frustration. Il rencontre Helen, une riche héritière âgée, qui l’embauche comme jardinier. Marginale, entourée d’animaux, exubérante, elle vit une relation intime avec son employé. Quand elle disparait dans un tragique accident, Nitram, culpabilisé, retrouve sa solitude et les moqueries, puis se procure des armes pour commettre l’irréparable.

Quand le projet de Justin Kurzel a été connu en Australie, un tollé s’est élevé pour dénoncer le point de vue donné à l’assassin et non aux victimes. C’est pourtant bien cet angle qui permet de décrypter le mobile du crime et son processus. La volonté du réalisateur de dénoncer la facilité d’accès aux armes en Australie passe par le portrait d’un jeune adulte qui n’aurait jamais dû pouvoir s’en procurer. Psychologiquement instable, sans permis de port d’arme, cela n’a pas empêché un armurier de lui vendre tout un arsenal.

On pense à Elephant (2003) sur le crime de masse de Columbine (1999) qui, lui, donnait le point de vue des victimes, mais dénonçait aussi l’accès aux armes aux États-Unis, notamment par internet. Justin Kurzel suit l’auteur du crime, Nitram, surnom déduit de son prénom, Martin, en verlan. Pour les jeunes de son âge, Martin ne tourne pas rond, il est à l’envers. Jusqu’à ses parents qui le nomment ainsi. Proche de sa mère, le père est quasi absent, les deux tentant de maîtriser leur électron libre à la maison. Renfrogné, colérique, désœuvré, Nitram change au contact d’Helen, son employeuse, marginale, elle aussi. Quand elle meurt, il disjoncte. Le cinéaste parle de ce fond de l’histoire, non des actes, jamais montrés.

Judy Davis dans "Nitram" de Justin Kurzel (2021). (AD VITAM)

Enfant hyperactif, fasciné par le feu, énervé, menteur, son physique androgyne, angélique, situe Nitram dans une zone floue d’où va surgir sa part d’ombre. Justin Kurzel se focalise sur les personnages et privilégie l’angle psychologique dans des cadrages serrés. Caleb Landry Jones, de tous les plans, interprète un Nitram qui passe de la folie douce à la crispation, puis part à la dérive en pente douce. Un sérieux prétendant au Prix d’interprétation.

Lent, progressif, Nitram démonte un processus ancré depuis l’enfance. Le court prologue documentaire, sur deux enfants questionnés sur leur avenir, éclaire tout ce qui va suivre : l’un est affirmatif, l’autre hésitant, devinez qui est Nitram ?

Caleb Landry Jones dans "Nitram" de Justin Kurzel (2021). (AD VITAM)

Genre : Drame
Réalisateur  : Justin Kurzel
Acteurs : Caleb Landry Jones, Essie Davis, Anthony LaPaglia
Pays : Australie
Durée : 1h50
Sortie : Prochainement
Distributeur : Ad Vitam

Synopsis : En Australie dans le milieu des années 90, Nitram vit chez ses parents, où le temps s’écoule entre solitude et frustration. Alors qu’il propose ses services comme jardinier, il rencontre Helen, une héritière marginale qui vit seule avec ses animaux. Ensemble, ils se construisent une vie à part. Quand Helen disparaît tragiquement, la colère et la solitude de Nitram ressurgissent. Commence alors une longue descente qui va le mener au pire.

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