Festival de Cannes 2021 : la magie Apichatpong Weerasethakul revient avec le magnifique « Memoria »

Palme d’or 2010 avec Oncle Boonmee, Prix du jury en 2004 avec Topycal Malady, régulièrement à Cannes dans différentes sections, le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul revient en compétition avec Mémoriafidèle à lui-même : contemplatif et ésotérique. Il a tourné pour la première fois hors de son pays d’origine, et avec une star, Tilda Swinton, qui produit également le film. 

Jessica (Tilda Swinton) est perturbée par un puissant et étrange son qu’elle est la seule à entendre à n’importe quel moment du jour ou de la nuit. Elle enquête pour connaître l’origine de ce trouble et aboutit chez un chamane qui lui révèle la mémoire de la Terre. Initiée à cette connaissance, elle va assister à la révélation inattendue de l’origine du trouble sonore qui la hante.

Film sur la mémoire, comme son titre l’indique, Memoria, traite non pas de la mémoire humaine, mais de celle de la Terre, des pierres, de l’eau, des arbres et du vent. Déjouant toutes les traditions d’un cinéma narratif, Apichatpong Weerasethakul fait fi de toute rationalité dans son récit d’un point de vue formel et du sens. Le réalisateur thaïlandais parle de l’invisible, de la magie du monde. Une spiritualité qu’il traduit dans des images, toujours d’une grande beauté contemplative.

Des plans fixes, sans aucun déplacement à l’intérieur du cadre, surtout pas de mouvement de caméra, mettent le spectateur dans un état comparable à celui des ondes alpha du pré-sommeil, comme sous hypnose. A l’image de tous les films de Apichatpong Weerasethakul, Memoria relève plus de l’expérience que de la traditionnelle sortie au cinéma. Tilda Swinton, dans le rôle de Jessica, s’est totalement investie dans son rôle, confirmant ses choix pour des films hors les sentiers battus comme Only Lovers Left Alive, merveilleuse histoire de vampires de Jim Jarmusch, ou Snowpiercer.

Des images indélébiles du cinéaste restent longtemps dans la mémoire après leur vision. Dans Memoria, il transcende ce qu’aurait pu être mis en scène dans un film de science-fiction par un Steven Spielberg. Un moment de surprise incroyable qui casse le rythme langoureux du film. La sublimation de la nature rappelle les hymnes écologiques d’Hayao Miyazaki et la bande sonore constitue une œuvre d’art à part entière. La magie Apichatpong Weerasethakul opère encore et toujours si l’on s’y prête. Une méditation.

Chaleureusement acclamé pendant plus de quinze minutes après la projection de son film au Grand Théâtre Lumière, Apichatpong Weerasethakul s’est montré très ému au moment de prendre la parole en public : « Ce film, ce fut un très long voyage, avec beaucoup d’émotions. C’est comme apprendre à respirer de nouveau après un si long confinement. Cette conscience d’exister, c’est ce que j’ai essayé d’exprimer dans ce film. C’est aussi une nouvelle naissance pour le cinéma. Longue vie au cinéma ! »

De son côté, Tilda Swinton a tenu à remercier les spectateurs d’avoir adhéré à ce « ralentissement du temps » proposé par le réalisateur thaïlandais : « Ce film offre aux spectateurs la possibilité de s’oublier, le public m’a impressionné par sa capacité à apprécier et à relever de bout en bout le défi de ce film. »

Genre : Fantastique
Réalisateur : Apichatpong Weerasethakul 
Acteurs : Tilda Swinton, Elkin Díaz, Jeanne Balibar
Pays : Thaïlande / Grande-Bretagne / Colombie / France / Mexique
Durée : 2h14
Sortie : Prochainement
Distributeur : New Story

Synopsis : Au lever du jour j’ai été surprise par un grand BANG et n’ai pas retrouvé le sommeil. A Bogota, à travers les montagnes, dans le tunnel, près de la rivière. Un Bang.

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